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Contexte scientifique du projet

Le libéralisme est, depuis l’époque des Lumières, défini de façon implicite par les deux composantes suivantes : une composante économique et une composante politique.

Le libéralisme économique (au moins dans certaines de ses formes les plus représentatives) suppose que le moins l’économie est contrôlée par l’État, le plus efficace elle est efficace et le meilleur est le fonctionnement autonome des marchés en termes de production comme de distribution des marchandises. Le libéralisme politique (au moins dans certaines de ses formes les plus représentatives) suppose que plus les citoyens sont libres de tout contrôle de l’État, les plus libres en termes de production et de diffusion des idées peuvent être les individus. Le libéralisme économique est parfois considéré comme synonyme de « capitalisme » et le libéralisme politique comme synonyme de "démocratie".

Dans la mesure où l’on admet que le libéralisme est une idéologie occidentale, une certaine corrélation est souvent supposée entre libéralisme économique et libéralisme politique, ainsi qu’entre capitalisme et démocratie. Cette corrélation hypothétique prend la forme d’une assertion selon laquelle le plus avancé économiquement est un pays, les plus libres y sont ses citoyens.

Questionner ces présupposés, questionner l’identification entre libéralisme et substrat culturel européen comme l’articulation entre liberté politique et libéralisation de l’économie est précisément l’objet de ce projet. Le Japon a été le premier exemple, déjà sous l’ère Meiji mais plus encore après la seconde guerre mondiale, d’un pays asiatique connaissant une croissance économique forte ainsi qu’une démocratisation de sa vie politique. La Corée du Sud et Taiwan ont suivi. La Chine est l’exemple le plus significatif à notre époque du décollage économique des pays asiatiques. Cependant, s’il est vrai que le libéralisme fonctionne à la fois au niveau du bien-être économique et des droits politiques, doit-on s’attendre à observer une telle corrélation en Chine aussi ? La Chine est-elle une exception au principe général du libéralisme (exception due à sa "singularité culturelle") qui en confirmerait la « règle », ou bien la Chine est-elle un contre-exemple qui démontre qu’une telle "règle", à savoir la corrélation entre la libéralisation économique et liberté sociale, relève de la croyance et de l’idéologie - ce qui devrait nous amener à questionner aussi les fondements de notre propre système politique et à réfléchir à son "aliénation" à l’économie de marché ?

Du point de vue libéral, la libéralisation économique est liée autant à l’innovation scientifique (les découvertes scientifiques mènent à des innovations technologiques donnant un leadership assumé par les entrepreneurs) qu’à la liberté politique et la sécurité juridique (la « primauté du droit » dans une société ouverte). Pourtant, le libéralisme semble aussi inévitablement générer à la fois inégalités économiques, crises écologiques et tensions communautaires. Il peut donc être possible et / ou utile de faire la distinction entre un libéralisme de bien-être attendu (sur le plan économique) et un libéralisme des libertés civiles et politiques et les droits sur le plan politique. Ce sont là les lignes de tension propres à ce que certains nomment "l’idéologie libérale occidentale". Ce projet vise donc à mettre à l’épreuve les idées communes sur le libéralisme de façon à comprendre l’histoire passée et présente des relations entre l’Europe et la Chine, et à permettre à l’Union européenne d’envisager d’une nouvelle manière son partenariat privilégié avec la Chine.

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